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Des chiots au cœur d'un business sous le pont de la gare de Nice ?


Article publié Nice Matin le samedi 03 mai 2014

 

Hier matin, Patrick Villardry (de dos) s'est rendu sur place pour tenter, en vain, d'emmener la chienne, ici entourée de ses chiots, se faire soigner.Jean-François Ottonello

 

Sous le pont de la gare, un homme fait la manche avec une portée de jeunes chiens. Misère ou trafic? Patrick Villardry, président de la Société de défense des animaux, monte au créneau

 

Sous le pont de la gare, au début de l'avenue Malausséna, les enfants s'arrêtent. Émerveillés. Les passants aussi. Attendris. En contemplation devant dix chiots tout juste nés, patauds, minuscules, tendrement nichés contre le ventre de leur mère, allongée sur une mauvaise couverture. À côté, agenouillé à même le sol, un homme, la cinquantaine usée par la misère, l'air paumé, sourire cabossé et traits tirés accentués par la lumière froide des néons bleus, fait la manche. Et les pièces tombent et tintent dans sa vieille boîte en plastique.

« Comme ils sont mignons ! », s'exclame une fillette. Et sa mère de déposer une petite pièce. Une vieille dame passe : « Oh, ils sont beaux... La chienne a l'air si maigre… Pauvre homme qui n'a pas de quoi nourrir ses chiens... » Et elle glisse quelques sous au mendiant. Ici, une poussette, là des touristes. Ça ressemble à la misère ordinaire, la vie dure à crever. Ça ressemble à une scène que l'on voit trop souvent. A Nice et ailleurs.

 

« Ils seront vendus aux plus offrants »

 

Seulement pour Patrick Villardry, président de la Société de défense des animaux (SDA), c'est tout autre chose qui se joue-là.

« Ces animaux - des croisés bergers - sont instrumentalisés pour susciter le don, ils seront bientôt vendus au plus offrant. On interpelle les passants pour qu'ils donnent pour les chiens, la chienne a besoin de soins, ce n'est pas de l'amour c'est un business ! Pour moi, cela s'apparente à de la maltraitance », accuse-t-il.

« J'ai été alerté par des riverains, je reçois entre dix et vingt appels par jour de gens qui s'alarment du sort réservé à cette chienne et à sa portée », affirme le défenseur des animaux. Il a alors missionné une enquêtrice de la SDA, déposé plainte. Pour lui la situation est « inquiétante » : « La chienne a besoin de repos, il y a trop de bruit et de passage ici. Elle a aussi besoin d'être correctement nourrie pour allaiter convenablement ses petits. »

Évidemment, il ne s'agit pas de « retirer ses chiens à cet homme, mais de les emmener au calme le temps que la chienne sèvre ses petits, de les soigner gratuitement, de les requinquer, de stériliser la chienne et de la rendre à son propriétaire. »

 

Une bande qui veille

 

Patrick Villardry sait trop bien qu'enlever leurs chiens à ceux qui n'ont rien, leur retirer leur seule affection, c'est les tuer un peu, parfois : « Le problème ne vient pas forcément de cet homme mais de la bande qui rôde autour…»

Effectivement, à quelques pas, du mendiant et de sa portée, quelques hommes veillent discrètement. Attentifs. Très attentifs.

On s'approche du propriétaire. Il caresse machinalement le museau de la chienne. On entame la conversation. Le malheureux agite les bras : « Moi pas comprendre ! » Il sort le passeport de sa chienne, montre les tampons du vétérinaire (niçois). Il dit dans un sabir pas possible qu'il s'appelle « Marek »,qu'il est« polonais », a « une maison, pas dormir dans la rue ». Il caresse sa chienne, et dans son regard au bout du rouleau, il y a de l'amour. On lui demande si les chiots sont à vendre…

Là, très vite, on est encerclés par la petite bande, jusque-là restée à l'écart.

« À vendre peut-être »,intervient un homme qui dit s'appeler Mucha et qui maîtrise un peu mieux le français que le mendiant.

Combien ? Ça s'agite dans la petite bande, un jeune homme bière à la main, montre des signes d'énervement. Les hommes deviennent méfiants : « A vendre pas sûr ! »

 

« Ces chiens ne sont pas maltraités »

 

Patrick Villardry engage la discussion, tente de convaincre le propriétaire et les autres de lui laisser soigner la chienne et ses petits. Leur laisse son numéro de portable.

De nombreux badauds observent la scène. Leslie, poussette et petite trentaine, écoute : « Je vois ces chiens tous les jours, ils ont l'air bien traités même si la mère a l'air très fatiguée. J'ai demandé au propriétaire s'il les donnait... C'est pour mon fils... Il n'est pas question de les acheter : pour moi, un chien ça ne se vend pas. »

À côté d'elle, Oilenta, 85 ans, hoche la tête, l'air désapprobateur : « Je souffre chaque fois que je passe ici : ce n'est pas la place d'une chienne qui allaite ! Elle ne va pas bien ça se voit, ça me rend malade de la voir dépérir comme ça ! »

Étranger à tout ce ramdam, le mendiant, lui, caresse la tête de sa chienne...

Le 3 mai 2014 par direction


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