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Poème de son maître pour son chat

Obélisque pour Mistigris

 

Le vieille tante était bien gentille

Quoique pénible, par moments,

Traitant, comme de grands enfants,

Ses nièces et neveux, sa famille.

 

A cette parente discrète,

On adressait, une fois l'an,

Quelques bons vœux, à la sauvette

Et un p'tit bonjour, en passant.

 

Chacun sauvait, précieusement,

Ces relations de voisinage :

C'est que l'enjeu était probant

Aux perspectives d'héritage.

 

La brave femme, c'est certain,

Avait reçu en mariage,

Une fortune,  sans mirage,

Château, fermes et vastes terrains.

 

Un appel de la gouvernante

Fit se revoir ces jeunes loups.

Il y avait deuil chez la tante :

On s'en vint, pressés, malgré tout.

 

La grande entrée, dans le fonds,

Était parée de tentures.

Fleurs et cierges, dans la maison :

La mort était en démesure.

 

Cercueil d'étroites dimensions :

Servait-il à cacher la face... ?

Comment la Tante, sans raisons,

Tenait-elle en si peu de place...?

 

Soudain, l'on entendit "Tantine"

Rappeler, par le corridor,

Aux nièces et neveux, en sourdine,

Qu'ils n'étaient pas là pour sa mort.

 

Mais qui dons est là, sous les fleurs,

C'est Mistigris, mon chat si brave,

Trouvé, péri, hier, à la cave :

C'est pour lui que sont ces honneurs.

 

Vous voudrez bien l'accompagner

Avec moi, au dernier voyage ?

On exauça ce vœu sacré

D'une excentrique de grand âge.

 

Ce ne serait qu'une balade

Au fond du parc, près des cyprès,

Une heure, au plus, de promenade,

Un caprice, sans grands effets.

 

Survint alors, près du perron,

Roses, orchidées, sur deux voitures,

D'un grand corbillard, bleu de fonds :

Faste somptueux... et facture...

 

On prit, en cortège, un chemin

Jusqu'aux confins du territoire

Pour un beau, grand pré, en déclin :

La vue, ici, était notoire.

 

Lorsque la Tante serait sous terre,

Se disaient ces jeunes " battants ",

On créerait, prioritaires,

De luxueux appartements.

 

Le coup d'œil était imprenable

Sur les sommets, un lac d'azur,

Les perspectives défendables :

Mais en ce monde, rien n'est sûr...

 

Un portail de bronze forgé

Offrirait entrée merveilleuse

D'un mausolée démesuré

Pour une fin de chat heureuse.

 

"C'est le tombeau de Mistigris"

Dit Tantine, la voix amère :

C'était des colonnades austères

Et du marbre noir à grand prix.

 

L'or et l'argent, en garniture,

Décoraient cet étrange lieu :

Vaste salle de sépulture

Pour un "matou" souvent grincheux.

 

C'en fut trop pour les invités :

De l'émotion à la colère,

On s'en vint à se batailler

En ce lieu paisible sur terre.

 

On tapait, criait, s'insultait,

Sans égards au convoi funèbre :

On plaisantait, on palabrait

Jusqu'à la chute des ténèbres.

 

Le solde entier du grand enclos

Était destiné, à bien plaire,

A devenir un cimetière

Pour nos amis, les animaux...

 

La Tante avait mis sa fortune

A réaliser ce projet,

Jouissant de voir, à la une,

Ses neveux manquant de respect.

 

On s'en revint chacun chez soi,

Outrés, à tant de gaspillage :

Aucun ne connaîtrait l'émoi

D'être en liste pour l'héritage.

 

Ce furent rictus et grimaces,

Des noms d'oiseaux,  des mots grossiers :

Tantine riait, à la place,

Aux éclats des déshérités......

 

Jean - Paul Verly



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